La pédagogie sans photocopieuse

Les dernières semaines ont été difficiles pour tout le monde. On a littéralement enlevé le plancher de nos salles de classe de sous nos pieds, on est en chute libre. Puis, tranquillement,  on commence à prendre nos repères, on est en train d’atterrir dans une toute nouvelle “boîte”.

Dans cette nouvelle boîte, plusieurs sont pris au dépourvu. Ceux pour qui l’utilisation de la technologie à l’école se limitait à la photocopieuse ont atterri bien malgré eux dans le XXI siècle. Pour d’autres, le choc est pédagogique: comment reproduire ce que je faisais en classe à distance ? La réponse est simple, c’est impossible. Finalement, les plus affectés sont ceux qui subissent le double choc de devoir se mettre à niveau du côté technologique et pédagogique.

Depuis que nous sommes confiné dans cette nouvelle boîte, on se fait bombarder de conseils et d’astuces techno, de sites de jeux pédagogiques, d’applications, etc. J’ai moi-même profité de ces partages qui sont utiles et nécessaires. Cependant, alors qu’on parle de rouvrir graduellement les écoles au Québec, je crois que le temps est venu de recentrer nos priorités sur la pédagogie.

Je ne vous apprends rien en vous disant que nous sommes dans une période unique dans notre histoire. Un moment charnière, il y aura un avant et un après Covid-19 dans notre société. Mais qu’en est-il du milieu de l’éducation ? Pour paraphraser Marius Bourgeoys, est-ce qu’on est train de photocopier l’école d’hier ou de créer l’école d’aujourd’hui ?

Sur le plan humain, la Covid-19 est une tragédie. Je ne cherche pas ici à en diminuer l’importance ou l’impact, je veux seulement vous amener à la voir sous un autre angle. À voir le positif qu’on peut en retirer dans le monde de l’éducation.

Nous pourrions penser que ce n’est pas le temps de faire des gros changements présentement, qu’il faut garder les choses simples. Mais c’est quand le bon temps pour faire du changement ?

Il y a deux mois, nous manquions de temps: nous avions des cours à préparer, des piles de corrections, les activités des enfants, etc.

La crise actuelle est en train de nous montrer les failles et les limites de nos systèmes d’éducation. À commencer par le fossé manifeste entre la maison et l’école. Comme toutes les autres sphères de la société, on doit changer. Et ce sera pénible. À ce sujet, John Maxwell mentionne : “Tout ce qui en vaut la peine dans la vie est en pente ascendante et monter nécessite d’être intentionnel.” 

La vérité est qu’on ne peut pas se permettre de ne pas innover.

La Covid-19 c’est une opportunité, un immense moment d’apprentissage (teachable moment). Comme a dit l’ancien bras droit d’Obama, Rahm Emanuel :Vous ne laissez jamais une crise grave se perdre. Et ce que je veux dire par là, c’est une opportunité de faire des choses que vous pensiez ne pas pouvoir faire avant.” 

La Covid-19 est une opportunité unique de changer des choses en éducation. Arrêtons de  stresser avec nos programmes: ils ne seront pas complètement couverts cette année. J’irais même jusqu’à dire que les programmes sont un peu secondaires en ce moment. Pour ce qui est des examens du Ministère, ils sont en confinement jusqu’à l’an prochain. La voie est libre.

Nous avons les coudés franches pour essayer de rendre l’apprentissage intéressant et flexible. Parce que l’apprentissage des élèves doit se poursuivre…tout comme celui des enseignant(e)s/directions. “Ça va prendre un chapeau d’apprenant” comme nous disait Marius plus tôt ce mois-ci.

Il y a mille et une manières d’amasser des preuves d’apprentissage et celles-ci vont prendre différentes formes selon nos élèves. Parce qu’en plus d’être authentiques et flexibles, nous avons l’occasion de les rendre plus personnalisées pour nos apprenants. Nous pouvons prendre le temps de discuter avec nos élèves de manière individuelle ou en petit groupe.

Présentement, beaucoup d’enseignants sont en train d’apprendre “sur le tas”. Certains partent de loin en devant apprendre comment fonctionne Google Drive, mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas viser plus haut pour ceux-ci. Qui sait ce que ces pédagogues en déficit technologique pourront accomplir une fois les bases assimilées.

“Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu des chevaux qui vont plus vites.” – Henry Ford 

Parfois ce que les gens veulent n’est pas nécessairement ce dont ils ont besoin.

J’en appelle aux influenceurs pédagogiques: aux directions, aux conseillers pédagogiques, aux enseignants et autres leaders du milieu. Nous devons nous transformer en représentant Tupperware. 

Je m’explique.

Qui n’a jamais vu une de ces soirées où une personne du voisinage invite ses ami(e)s à la maison pour leur montrer ses beaux produits? Tous ceux et celles qui ont accepté l’invitation le font par courtoisie car ils n’ont besoin de rien. Pourtant, quand la soirée se termine, tout le monde a rempli un bon de commande, on s’est découvert des besoins

Et si c’était la même chose avec nos collègues. Si on leur présentait et on discutait des manières différentes de faire les choses. Et si on leur partageait comment rendre l’apprentissage plus authentique en faisant vivre des expériences d’apprentissage qui sont significatives pour leurs élèves. Si on échangeait à propos de comment rendre leur pédagogie plus flexible : les élèves n’ont pas tous besoin de faire le même travail pour démontrer leur apprentissage. Finalement, si on leur montrait que l’évaluation n’est pas un synonyme de notation, que l’apprentissage consiste plutôt à:  faire, réfléchir, faire mieux.

Parce qu’il est là le coeur du changement, au milieu de la tragédie humaine que nous vivons, si on leur montrait comment mettre le focus sur l’apprentissage, la croissance, mais surtout sur… l’humain.

Qui sait avec quoi ils repartiront à la fin de la soirée?

Les 12 travaux du pédagogue au temps de la pandémie

Des points de repère pour diminuer le brouillard de la rentrée 2020

J’ai hésité longtemps avant d’écrire ce billet. Plus la rentrée approche, plus j’ai de la difficulté à me motiver. Habituellement à ce temps-ci de l’année, j’ai la tête qui bouillonne d’idées pour l’année scolaire. Présentement, devant tant d’incertitude, je ne sais pas vraiment par où débuter pour me préparer.

Ainsi, pour essayer de me recentrer, je vous partage ici une liste des 12 travaux du pédagogue à la rentrée. Avec cet inventaire, j’essaie de sortir des points de repère pour essayer de voir un peu plus clair dans ce brouillard qu’est la rentrée en temps de pandémie.

Allons-y!

1- Arrêtons de se définir par ce que nous faisons (QUOI), définissons-nous à partir de POURQUOI nous le faisons.

Les enseignements de Simon Sinek dans son ouvrage « “Start With Why» (version fr. ici) sont très pertinents en ce moment. Certains enseignants se définissent par ce qu’ils font (Quoi). Ils sont des profs de maternelle, de chimie ou de 4e année. Ainsi, lorsque nous perdons notre COMMENT : notre salle de classe, une partie de nos ressources et que nos élèves sont à distance, nous vivons beaucoup d’angoisse. Comment est-ce que je suis censé enseigner les sciences sans mon labo ?

De là l’importance de nous définir à partir de POURQUOI nous faisons ce que nous faisons, par exemple, si nous commençons à nous dire que nous sommes là pour aider nos élèves à grandir et à s’améliorer constamment, que nous enseignons pour que nos élèves développent une pensée critique par rapport au monde qui les entoure ou pour aider les élèves à développer une curiosité par rapport aux sciences.

Imaginer les possibilités qu’offrent ces exemples. Que nous nous trouvions en classe avec tous nos élèves ou en ligne (ou un mélange des deux), toutes nos actions seront orientées pour réaliser notre POURQUOI.  

Trouvez votre POURQUOI et laissez-vous guider par celui-ci pour décider du COMMENT et du QUOI. Ainsi, si d’autres situations inattendues se présentent dans le futur, vous aurez des bases solides sur lesquelles vous appuyer.

2- L’humain d’abord, ensuite le programme 

Désolé d’en décevoir quelques-uns, mais les écoles n’ont pas été construites pour nous permettre de passer notre programme. Nous enseignons à des élèves, des humains, tel que le mentionne les animateurs d’Escouade Edu dans leurs formations, l’école est là pour développer des humains.

La situation actuelle est le moment idéal pour se recentrer sur l’élève. Comment faire en sorte que celui-ci puisse continuer à grandir? Personnellement, je crois que la pédagogie devrait rester dans l’arrière-plan en septembre. Il y a des « choses»  plus importantes dans nos classes: nos élèves. 

3- Plus que des relations, nous devons connecter avec nos élèves

Pour développer des humains, il faut forcément s’intéresser à eux, connecter. Cette rentrée ne fera pas exception à la règle. Après avoir vécu une fin abrupte à leur année scolaire, les enfants de tout âge ont souffert, comme un peu tout le monde, de l’isolement social.

Roch Chouinard propose de mettre l’accent sur le besoin d’affiliation des jeunes. Plus spécifiquement, il propose que les élèves restent avec le même groupe classe et qu’on réduise au maximum le nombre d’enseignants (3 à 5) pour chaque groupe. Il propose aussi que les élèves aient un enseignant attitré qui les suivra de près pour les aider, entre autres, à faire leurs suivis et à se fixer des objectifs.

Bref, le but est de réduire l’anxiété de l’élève qui revient à l’école après un long moment. S’il se sent bien entouré par des camarades de classe et quelques adultes, le retour devrait se faire un peu plus en douceur. Pour ce faire, des périodes de discussion pour prendre le pouls de la classe en commençant la journée donneraient la chance à tous de faire preuve d’empathie.

4- L’empathie

Plusieurs élèves et collègues auront vécu des situations difficiles dans les derniers mois, il faudra prendre chacun là où il est. 

Brené Brown établit une distinction subtile entre la sympathie et l’empathie. Dans la première, on projette ses émotions sur l’autre (“ « Mon Dieu, tu dois avoir de la peine» ) ce qui a tendance à orienter les personnes vers l’isolement. De l’autre côté, lorsqu’on fait preuve d’empathie, on ressent les émotions avec l’autre ( « Ce que tu me dis me rend vraiment triste aussi.» ). C’est seulement en faisant preuve d’empathie qu’on peut vraiment connecter avec l’autre, parce qu’on l’écoute, on se met dans ses souliers et on ne cherche pas forcément à trouver une solution ou une réponse. On est à l’écoute.

Bien que la Covid-19 soit  une expérience commune, plusieurs ont ressenti de la solitude pendant le confinement (alone together). Ainsi, si tous font preuve d’empathie à la rentrée, ça nous soudera, nous aidera à passer à travers beaucoup d’épreuves ensemble.

5-Réduire le fossé entre les pédagogues

Les événements du printemps dernier sont venus mettre en lumière les manquements dans la formation des maîtres et le développement professionnel. Certains enseignants se sont retrouvés dépassés quand est venu le temps de transposer leur salle de classe en ligne. Pour d’autres,  le choc était plus pédagogique : quoi faire si les élèves n’ont pas leur manuel ? 

Ainsi, pour réduire le fossé entre le niveau d’aisance technologique et/ou pédagogique, il faut nous parler davantage. Arrêtons d’avoir peur d’avouer notre ignorance. Allons voir nos collègues qui ont l’air plus à l’affût dans les domaines qui nous posent des défis. 

À l’inverse, je crois qu’il faut aussi s’ouvrir davantage aux autres. Il y a un paquet d’excellents pédagogues qui n’écrivent pas de blogue, qui ne sont pas sur les réseaux sociaux, qui font leur « petite affaire» dans leur coin. Ils n’agissent pas de la sorte parce qu’ils sont égoïstes ou antisociaux, ils pensent qu’ils sont des profs ordinaires. Allons chercher ces diamants pour qu’ils joignent l’épaule à la roue. Créons des opportunités de partage de problèmes et de solutions entre collègues. Comme l’a proposé Natacha Vautour sur Twitter,  pourquoi ne pas prendre un petit 10 minutes à la fin de chaque journée pour se parler entre collègues pour échanger à propos de bons coups et des défis rencontrés?

Si les profs s’entraident pour devenir des apprenants, imaginez ce que ça fera pour le climat de l’école et quel bel exemple à donner aux élèves!

6- Plus le défi est de taille, plus le besoin de travailler en équipe augmente

J’ai volé cette phrase dans un webinaire en avril dernier co-animé par Marius Bourgeoys, Joël Mclean et Louis P. Houle. Ainsi, on vit et on vivra sans doute des moments difficiles à la rentrée. Il faut plus que jamais se parler et connecter. Pour cela, ça prendra un leadership éclairé. Pour travailler plus efficacement ensemble, on devra avoir une vision commune. 

En cette rentrée scolaire 2020, qu’est-ce qui est le plus important pour nous en tant qu’école ? POURQUOI est-ce que c’est important ? COMMENT allons-nous y arriver ? C’est QUOI notre plan? Qu’est-ce que nous ferons concrètement ? Quelles seront les actions et/ou les responsabilités de chacun ?

7- Quelle partie de l’expérience scolaire voulez-vous rapporter au nouveau « normal» ?

On ne va pas se faire de cachette, l’école telle qu’on l’a connue avant mars 2020 n’existe plus. Que ce soit à cause de la distanciation sociale, du port du masque ou des cours en ligne forcés, il y a des choses qui ont changé et qui ne reviendront pas. Qu’est-ce qui est vraiment important pour vous à l’école ? Comment est-ce que vous pourrez adapter cela dans le nouveau contexte de la rentrée 2020 ? 

8- Pour aller plus vite, il faut parfois ralentir

Comme je vous disais plus tôt, les élèves arriveront tous avec un bagage émotif différent à cause de la Covid. Il en va de même pour l’aspect pédagogique. La scolarisation du printemps 2020 aura été bonne (voir bénéfique) pour certains et désastreuse pour d’autres. Pour faire preuve d’empathie, il faudra ralentir, ne pas être tenté d’essayer de reprendre toute la matière manquée dans le premier mois. Les élèves ont pris du retard ? Par rapport à qui ? Tout le monde est dans le même bateau. Allons-y au rythme des élèves. Pour répondre aux différents besoins pédagogiques des élèves, pourquoi ne pas offrir des choix pour ce qui est du travail à faire en classe ? Ainsi, moins d’élèves risquent d’être dépassés par la matière. 

Comme je le mentionnais dans un billet de blogue pré-Covid, on doit mettre l’accent sur la croissance plutôt que sur la performance. La Covid vient renforcer cette impression. Comme le mentionne Chouinard dans son article, les élèves auront besoin de connaître rapidement du succès pour remplir leur besoin d’estime de soi. Cela sera rendu possible en leur permettant d’être évalués de manière flexible et en leur donnant de  la « rétroaction constructive sur les points à améliorer.» Bref, les élèves auront besoin de savoir rapidement qu’ils progressent…même si c’est à petits pas.

9- Réduire le fossé entre l’école et la maison

En mars dernier, lorsque les écoles ont fermé, plusieurs lacunes de notre système d’éducation ont été exposées au grand jour. Outre les carences en technologie, je crois que le fossé entre l’école et la maison est celui qui a mis le plus de sable dans l’engrenage éducatif.

Plusieurs parents ont appris l’identité des enseignants de leurs enfants…en avril. De l’autre côté, j’avoue, j’ai communiqué avec des parents pour la première fois en mai pour indiquer qu’un travail n’avait pas été remis.

Je ne soulève pas ce point pour trouver des coupables.

En cette rentrée “covidienne”, on se doit de réduire le fossé entre l’école et la maison.

Communiquez (téléphone ou courriel) avec les parents dans les premières semaines d’école pour les rassurer par rapport au retour en classe de leur enfant. Prévoyez une « soirée portes ouvertes” sur Meet ou Zoom pour présenter votre approche. Bref, jetez les bases pour faciliter les communications futures.

Marc-André Carignan mentionne dans son excellent ouvrage que l’école devrait être le coeur d’une communauté. S’ouvrir sur celle-ci. En période de distanciation sociale, cela est non seulement faisable, mais nécessaire. L’élève doit sentir que les adultes dans sa vie sont tous là pour le même objectif : l’aider à grandir, à s’améliorer et à naviguer à travers les changements.

10- S’habituer au changement

L’historien Yuval Noah Harari a écrit dans son ouvrage en 2018 que l’école doit préparer les apprenants au changement. Pour réussir dans le futur, il ne suffit plus d’innover et d’inventer de nouvelles choses, mais surtout de savoir se réinventer constamment. Je sais que l’expression a été utilisée à toutes les sauces depuis le début de la pandémie, mais elle demeure pertinente. 

Dans le même ordre d’idées, dans son épisode du 12 août dernier, John Maxwell mentionne dans son balado que dans la situation actuelle, nous devons embrasser le changement plutôt que d’essayer de l’éviter. Ainsi, nous allons tous commencer l’année scolaire avec un plan en tête pour affronter la pandémie dans nos écoles. Cependant, nous devrons faire preuve d’agilité pour nous ajuster en cours de route. Comme le mentionne Maxwell, pensez en termes d’options plutôt que de direction. 

11- Favoriser une pédagogie active

Quoi de mieux pour garder nos élèves motivés que de leur donner des options et de les mettre en action ? Que ce soit en personnel ou en ligne, nous devons engager l’élève dans son apprentissage. Évitons les exercices répétitifs et optons pour des tâches complexes. Des tâches où les élèves auront à se questionner et à chercher des réponses à leurs interrogations, comme c’est le cas dans l’approche par enquête. Mais attention, d’expérience, cela déstabilisera vos élèves. Ils vous demanderont de travailler dans le manuel ou d’avoir des cours « normaux»  où ils peuvent juste écouter et prendre des notes. 

Ne vous laissez pas leurrer, parfois les élèves ignorent ce qui est bon pour eux. Une récente étude issue des départements de chimie et de physique de l’Université Harvard a démontré que les élèves avaient l’impression d’apprendre beaucoup plus dans un cours magistral que dans un cours où ils étaient mis en action. Pourtant, lorsque les chercheurs ont mesuré les apprentissages, il s’avérait que ceux qui avaient pris une part active dans leur apprentissage avaient progressé davantage.

En mettant vos classes en action, vous et vos élèves serez prêts à toutes éventualités. Que ce soit en ligne ou en classe, l’apprentissage se continuera sans trop de problèmes.

Cependant, pour en arriver là, il faut commencer l’année en amenant vos élèves à devenir des apprenants de plus en plus autonomes.

12- Garder la flamme allumée

Le défi le plus colossal risque de garder notre flamme allumée. Ne pas se laisser « éteindre»  par les défis, les épreuves et les périodes de recul que nous rencontrerons inévitablement. Présentement, je dois limiter les photocopies que je donne à mes élèves, ceux-ci n’ont pas accès aux appareils électroniques et je n’ai pas assez de manuel pour tout le monde.

On ne construit pas une navette spatiale avec du vieux bois et des clous rouillés. Pour passer à travers, il faudra peut-être ajuster nos attentes à la baisse.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, il faudra se serrer les coudes entre collègues pour se supporter, faire preuve d’empathie et prendre le temps de connecter avec les élèves. En sommes, se rappeler POURQUOI on est là. 

La performance vs. apprentissage

Assis dans les estrades pour un match de hockey “Novice C” de mon plus vieux, je souris. Bien sûr, je suis un père fier de voir sa progéniture être active et jouer un sport auquel j’ai excellé pendant ma jeunesse. 

Mais il y a plus que ça. 

Cette année, Hockey Canada a décidé que les jeunes d’âge novice (7-8 ans) allaient jouer tous leurs matchs sur des demi-glaces. Mieux encore, pendant les rencontres, on ne garde aucune statistique, impossible de savoir qui a gagné le match ou qui est le meneur des points dans son équipe ou dans la ligue. On s’amuse et on s’améliore.

Alors comment sait-on que les jeunes sont en train de s’améliorer si on n’a pas de chiffres ou de statistiques ? 

J’observe l’équipe de mon fils et pendant longtemps il ne semble pas y avoir de changements dans leur niveau d’habiletés, jusqu’au jour où il y en a. Un est maintenant capable de faire une passe, un autre est capable de s’arrêter sans tomber et il y a aussi le gardien qui trébuche au bon endroit quand la rondelle se dirige vers lui. Lentement mais sûrement, ils s’améliorent… sans performer.

Si seulement le Ministère de l’Éducation de l’Ontario (et de plusieurs autres provinces) adoptait la même approche. Sortir la compétition et la performance des écoles, plus encore, du discours scolaire.

Pourquoi ?

Dans notre société passée et actuelle, on voit la performance comme un signe positif, comme un signe de supériorité physique ou intellectuelle. Et si nous avions tort…

Plusieurs études ont été menées sur la manière d’apprendre. Cependant, il faut faire une distinction entre la performance et l’apprentissage.

La performance à l’école a été longtemps (et est encore dans beaucoup trop d’établissements) valorisée. Si on arrive à la bonne réponse, on sait! Si on a eu A+, 97% ou 4+ on a appris… et si ce n’était pas le cas ?

Comment peut-on vraiment prouver que la performance actuelle mesure un apprentissage réel ? Je vous donne la réponse : c’est flou…

Bjork et Bjork (2011) établissent que la performance est ce qui est mesurable et observable pendant l’enseignement et la pratique. Au contraire, l’apprentissage est un ensemble de changements plus ou moins permanents au niveau des connaissances ou de la compréhension d’un objectif d’apprentissage.

Toujours selon Bjork et Bjork, l’apprentissage doit être inféré et la performance actuelle d’un élève dans un sujet peut être très trompeuse par rapport à son apprentissage dans ce même sujet.

Prenons un cas “fictif” où un étudiant étudie toute la nuit la veille d’un gros examen. Une fois l’évaluation terminée, il reçoit ses résultats et a aisément réussi celui-ci. Quelques semaines plus tard, qu’a-t-il retenu à propos de la matière qu’il devait étudier ? Très peu. Il a bien performé à l’examen, mais dans les faits, il n’a pas appris grand-chose de durable et de réutilisable/transférable.

Je ne suis pas en train de vous dire que ceux qui obtiennent de bons résultats n’apprennent rien, pas du tout! Je veux seulement vous dire qu’il y a plus de variables à l’équation. 

L’apprentissage vous l’aurez deviné est beaucoup plus complexe. L’apprentissage le plus désirable est celui qui sera durable et flexible, c’est-à-dire un apprentissage qu’on pourra transférer dans divers situations et/ou domaines. Donc le A+, le 97% ou le 4+ ne correspondent pas tout le temps à un apprentissage durable et flexible.

Pour en arriver là, ça prend du temps, beaucoup de temps.

L’apprentissage ça se fait dans la mijoteuse, pas dans la friteuse! 

Parlant de choses qui se développent avec le temps, les compétences globales telles que la résolution de problèmes, l’innovation/créativité, la collaboration, la communication et la citoyenneté sont des habiletés qu’on développe tranquillement. La performance comme on la connaît dans la majorité des salles de classe d’aujourd’hui n’a pas sa place dans le développement de ces compétences.

McMillan (2018) mentionne que les étudiants qui sont dans des classes ayant de bons réseaux collaboratifs ont moins peur de se tromper et de faire des erreurs, donc qu’ils sont plus portés à prendre des risques et relever des défis.

Dans le même sens, Kohn (1987) cite la méta analyse de Johnson qui a relevé que 65 études ont conclu que les enfants apprennent mieux dans un milieux coopératif plutôt que compétitif. En outre, plus la tâche d’apprentissage est complexe, moins les enfants dans un environnement compétitif réussissent bien.

En tant que pédagogues, nous sommes le point de départ des changements de mentalité. Arrêtons de parler en terme de notes mais plutôt en terme d’amélioration. Au lieu de dire : “pour avoir une bonne note, tu dois…” Pourquoi ne pas changer de discours et dire : “pour t’améliorer,  tu dois…”, “pour pousser plus loin ton apprentissage, tu devrais…” Bref, comme McMillan (2018) le mentionne, nous devons faire en sorte que l’apprentissage devienne plus important que le succès à court terme, c’est le premier pas pour changer les mentalités.

À quoi est-ce que tout cela ressemble dans la pratique ? Il faut d’abord leur laisser la chance de se reprendre suite à une évaluation. Leur donner de la rétroaction descriptive qu’ils utiliseront pour améliorer leurs travaux, pour transférer des connaissances ou des concepts dans un autre contexte. Bref, il faut donner le temps à nos apprenants…d’apprendre.

Donc en cette période des examens, des bulletins et des rencontres de parents; s’il vous plaît, rappelez à vos élèves que leurs résultats actuels ne sont pas des finalités. Qu’ils ne définissent pas qui ils sont ou ce qu’ils deviendront. 

Rappelez-leur qu’ils sont dans la mijoteuse.

Sources:

Bjork, Elizabeth et Bjork, Robert, Making Things Hard on Yourself, But in a Good Way: Creating Desirable Difficulties to Enhance Learning, 2011

Epstein, David, Range: Why Generalists Triumph in a Specialized World, 2019

Kohn, Alfie, The Case Against Competition, 1987


McMillan, James, Using Students’ Assessment Mistakes and Learning Deficits to Enhance Motivation and Learning, 2018



10 minutes de pur bonheur

Il y a quelques semaines, j’ai lu avec intérêt un texte de Marius Bourgeoys qui m’a fait réagir puisqu’il y parlait de l’importance de créer des relations en se rendant vulnérable.

Et si on allait plus loin…

Cet été alors que je discutais avec une collègue de la relation prof-élève, j’en suis venu à cette analogie. En début d’année, notre salle de classe est remplie  d’élèves qui sont comme des cadenas verrouillés. Petit à petit pendant l’année on trouve des clés pour en ouvrir quelques uns. 

Cependant, je n’ai jamais vu un cadenas (réel ou imagé) qui s’ouvre tout seul. Il faut être intentionnel. Pour trouver la bonne combinaison avec mes élèves je me dois de non seulement avoir une bonne relation avec eux, mais de connecter, c’est la clé! 

Pour moi, la relation est une chose qui se produit au contact des autres. Ça peut être positif ou négatif, ça ne demande pas d’effort. Toutefois, pour passer au niveau supérieur, pour connecter, c’est une question de choix: il faut y mettre de l’effort, il faut s’ouvrir pour que l’autre s’ouvre à son tour.

C’est ainsi que depuis le début de l’année je débute mes cours de français 7e année en posant la question suivante: “Dites-moi ce qui vous a fait sourire ou sourciller depuis hier.” On prend environ 10 minutes au début de chaque cours pour prendre le temps de s’arrêter, de jaser, de rire, de souffler, de ventiler, de connecter.

Personne n’est obligé de partager quoi que ce soit, mais tout le monde a le devoir d’écouter celui ou celle qui parle de ses joies et/ou de ses frustrations. 

L’idée ne vient pas de moi, mais plutôt de Monte Syrie un enseignant de l’état de Washington qui a commencé cette pratique l’an dernier sous le nom de “Smiles and Frowns”.

Le temps

Donc, 10 minutes par cours c’est 50 minutes par semaine, 200 minutes par mois et 2000 minutes pour l’année scolaire. Belle perte de temps!

Vous avez droit à votre opinion, mais depuis le début de l’année ce n’est absolument pas ce que je ressens. Au lieu d’être du temps perdu, je vois ça comme un investissement monumentale pour la suite des choses à venir cette année.

Voyez-vous, j’ai réalisé avec le temps que je n’enseigne pas pour le curriculum ou pour “passer mon programme”, j’enseigne à des élèves en chair et en os, à des corps chauds remplis de joie et de tristesse. 

Depuis le début de l’année, j’ai appris une foule de chose à propos de mes élèves. Une est passionnée des romans de Stephen King, un autre a sa chaîne Youtube, une est bédéiste, un joue au football, un autre au basket, d’autres au hockey. Je pourrais continuer comme ça pendant longtemps parce qu’avec ce petit exercice, je pourrais presque vous dire quelque chose à propos de chacun de mes 75 élèves. 

Et vous que connaissez-vous de vos élèves ? Que faites vous pour connaître l’information à propos d’eux qui ne se trouve pas dans leur dossier ?

En plus d’apprendre à mieux connaître mes élèves, j’amasse aussi un paquet d’informations utiles que j’utiliserai pendant l’année. Récemment, un élève mentionnait que la veille, il avait diffusé sa séance de MineCraft en direct sur YouTube. Pendant qu’il jouait, il demandait conseil à son auditoire sur comment effectuer certaines manoeuvres. 

C’est à ce moment que mon coeur d’enseignant a failli exploser: non seulement il rendait public ses créations, mais il allait chercher de la rétroaction en temps réel pour apprendre et s’améliorer. Ça me donne des idées… 🙂

Bienfaits pour tous

Mes élèves y trouvent aussi leur compte, ce petit moment  leur permet de respirer un peu dans leur journée. Ce petit 10 minutes vient briser la monotonie de la journée. 

En prenant la parole, ils s’ouvrent, ils prennent des risques, ils apprennent à communiquer, à écouter, à être empathique. 

Mes élèves passent toutes leurs journées assis au même pupitre à côté des mêmes personnes, dans la même classe portative (bâtiment individuel hors de l’édifice principal de l’école) où ils voient défiler plusieurs enseignants différents. S’informer à propos de comment ils vont depuis notre dernière rencontre, me semble être la moindre des choses. 

Au fil de mes lectures cet été je suis tombé sur une citation de Melinda Gates qui disait à peu près ceci:

 “Leur tasse n’est pas vide. Vous ne pouvez pas simplement y verser vos idées. Leur tasse est déjà pleine, vous devez donc comprendre ce qui se trouve dans celle-ci.”

Ainsi, essayer d’emplir une tasse qui est déjà pleine ne résulte à rien, de là l’importance de prendre le temps de connecter au début de chaque cours, pour voir ce qu’il y a dans cette tasse. Quand c’est fait, l’apprentissage peut commencer…et ils boivent vos paroles! 😉

Mon écosystème pédagogique…et Dolly Parton

Find out who you are and do it on purpose” -Dolly Parton-

Oui j’avoue, c’est un peu bizarre de débuter un billet avec une citation de la reine de la musique country. En ce début d’année, c’est pourtant la phrase qui me revient constamment en tête quand j’essaie de planifier mon année scolaire. 

J’ai l’impression, après 15 ans en salle de classe, d’enfin savoir où je vais, pourquoi je suis là, quels sont mes valeurs pédagogiques, mes buts et ma vision pour ma salle de classe. Avant que je vous les partage, prenons un petit détour pour voir comment j’en suis arrivé là. Comme quoi, le processus est toujours plus important que la destination.

Dans les dernières années, j’ai vécu des expériences inoubliables. Plusieurs étaient positives, mais j’ai aussi eu des moments beaucoup moins glorieux que j’aimerais effacer. 

Du côté positif, j’ai su former des relations de confiance avec plusieurs de mes élèves et collègues qui nous ont permis d’essayer, de prendre des risques et d’échouer parce qu’on savait qu’on pouvait compter l’un sur l’autre pour se relever. 

J’ai aussi eu la chance de rencontrer et de collaborer avec une foule de gens super intéressants. Que ce soit à travers des échanges sur Twitter qui ont souvent abouti à des discussions sur Google Hangout ou à des rencontres lors des conférences en éducation; j’ai connecté avec beaucoup de gens qui ont influencé ma manière de voir et de percevoir l’éducation. 

À mon tour, je me suis aussi nourri intellectuellement en lisant une foule de livres liés de près ou de loin à l’éducation. Mais encore, je me suis surtout nourri auprès de mes élèves en essayant des choses avec eux et en allant chercher leur rétroaction à propos des expériences vécues en classe.

Toutes ces discussions, rencontres, lectures et expériences ont apporté beaucoup de matière dans mes réflexions qu j’ai pu partager à mon tour dans des conférences en éducation. Parfois avec beaucoup de succès…. et des fois avec un peu moins. La possibilité de partager était une autre excuse pour pouvoir recevoir de la part des autres, en apprendre sur leur cheminement et leurs pratiques.

  • Les certitudes

Depuis quelques années, j’essayais d’organiser toutes ces expériences pour en faire un tout cohérent qui allait guider ma pratique. Cet été je suis tombé sur le concept de l’écosystème pédagogique dans le livre de Katie Martin. C’était l’élément qui me manquait pour pouvoir mettre tous les morceaux ensembles. J’ai adapté le modèle de Martin pour présenter ma vision que voici:

L’idée est simple, d’abord mettre les bases en réfléchissant à ce que l’on veut créer dans notre classe : nos valeurs pédagogiques, nos buts, notre vision. Cette réflexion viendra ensuite nourrir les actions qui seront prises en classe. Que ce soit les stratégies d’enseignement et d’apprentissage ou l’approche face à l’évaluation: tout doit découler de notre vision et de nos valeurs.

Finalement, tout cela culmine avec l’habilitation (empowerment) des élèves. C’est là que la vision et les valeurs prennent vie. Comment les élèves prendront-ils en charge leur éducation  ? Comment seront-ils actifs dans leur apprentissage ? Quels choix peut-on leur donner ? Quelles décisions prises par l’enseignant pourraient être transférées sur les épaules de l’élève ? Cette dernière partie de l’écosystème viendra à son tour nourrir la réflexion et nos actions pour ainsi faire tourner la roue et continuer à avancer.

  • Dans ma classe

Ce que je veux dans ma classe cette année c’est avant tout mettre l’emphase sur la croissance de chacun de mes élèves. J’aime beaucoup la formulation donnée par Escouade Edu par rapport à la croissance :

Croissance = Efforts + Stratégies + Aide

Concrètement, voici de quoi cela aura l’air dans ma classe (7e année/12-13 ans).

Pour l’effort, je vais débuter en leur parlant de la mentalité de croissance vs. la mentalité fixe basé sur les recherches de Carol Dweck (et ici). Plus encore, inspiré de mon collègue Martin Parent, je veux commencer à leur enseigner certains concepts de la neuroscience comme l’anatomie du cerveau, la neuroplasticité et leurs rôles et impacts sur l’apprentissage. 

Du côté des stratégies, je vais mettre l’accent sur comment apprendre à apprendre. Pour commencer je proposerai que chacun se dote d’un cahier de métacognition pour prendre le temps de s’arrêter au cours d’une leçon ou d’une unité et voir ce qui a été compris et ce qui reste à travailler. Il sera aussi question d’organisation, talon d’achille de beaucoup d’étudiants arrivant au secondaire. Finalement, pour apprendre, il faut non seulement avoir une écoute active, mais aussi savoir partager ses connaissances efficacement.

Ce qui nous mène au dernier point qui est l’aide des autres. La collaboration est essentielle pour la croissance de tous. Pour paraphraser John Maxwell, rien d’important ou de significatif ne peut être accompli seul. Je vois une classe où il y aura une interdépendance entre l’enseignant, l’élève et ses pairs. Tout le monde a besoin de tout le monde. Cela se verra à travers des activités de co-construction des savoirs, en co-planifiant les expériences d’apprentissage et en utilisant l’évaluation par les pairs.

Vous l’aurez deviné, ces trois éléments (effort +stratégies + de l’aide) ne sont pas des silos, au contraire ils se nourrissent l’un et l’autre pour faire en sorte que les apprenants changent, se transforment, grandissent.

À l’image de mon écosystème pédagogique, je veux une classe où on réfléchit, où on est actif dans notre apprentissage et où les élèves ont des choix qui leur apporte une certaine liberté. Et quand on est libre, on a tendance à être plus heureux. 

Find out who you are and do it on purpose”. J’ai découvert à travers mes expériences et mes pratiques que ce qui m’importe le plus dans ma classe est que tous (y compris moi) ait du plaisir à grandir et se développer ensemble pour devenir des apprenants autonomes et motivés. 

C’est ce que je vais poursuivre tout au long de l’année. Je vous souhaite la même chose :

“Find out who you are and do it on purpose”

Mon bulletin de prof

Juin est (enfin!) arrivé. Après avoir passé à travers nos dernières “piles” de corrections, il est temps de compléter le bulletin de chaque élève. Ce rituel de fin d’année nous force à retourner en arrière pour voir ce que l’étudiant a fait, ce qu’il a appris et où est-ce qu’il a besoin de s’améliorer.

Bref ce document devrait refléter à l’élève où il se situe, ce papier est comme un miroir où il peut voir son “portrait” d’apprenant.

Malheureusement pour nous les profs, personne ne fait le bulletin de NOTRE année scolaire. Et comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même…

J’ai décidé de me faire un “bulletin” qui se veut plus une réflexion/une vision de ma salle de classe. En ce sens, c’est une manière toute simple de cibler et de diriger mes lectures et mes réflexions cet été.

Comme je l’avais mentionné dans mon billet de blogue l’an dernier, nous sommes des professionnels de l’éducation et comme tout professionnel, nous devons arriver prêts quand la nouvelle année scolaire débute.

Ainsi, cet exercice me permet de cibler les livres que je veux lire et les podcasts que je vais écouter.

Mes choix pour cet été

1- The 15 Invaluable Laws of Growth,  par John C. Maxwell

        Lors de la lecture de ce livre ce printemps, j’ai eu beaucoup d’idées à propos de comment je peux “vendre” ma vision aux élèves de ma classe. En utilisant les différentes stratégies mises de l’avant dans le livre, je vais m’assurer que mes élèves comprennent ce qu’est la croissance, mais surtout pourquoi c’est plus important que la performance. Je suis aussi un auditeur assidu de son podcast qui est disponible sur Spotify.

2- Comment se faire des amis et influencer les autres, par Dale Canergie

        Un classique, mais toujours d’actualité que j’ai lu le mois dernier avec beaucoup d’intérêt. Les relations humaines sont plus que jamais le nerf de la “guerre” en éducation (et dans la vie). Ce bouquin présente une série de principes et de stratégies pour non seulement avoir de bonnes relations avec les autres, mais aussi les influencer, bref pour devenir un bon leader.

3- Learner Centered Innovation, par Katie Martin

        Ce livre est (que je viens tout juste de débuter) est un bijou. L’auteure y parle, comme le dit le titre, d’innovations en éducation, qui seront au service de l’élève et de son apprentissage. En plein ce dont j’ai besoin pour créer de meilleures expériences d’apprentissage pour mes étudiants.

4- Empower, par John Spencer et A.J. Juliani

        Toujours dans le but de m’aider à créer de meilleures expériences d’apprentissage, ce livre est rempli de faits vécus  par les auteurs (des hauts et des bas) dans leur quête d’innovations pédagogiques.

Et vous, que voulez-vous apprendre cet été ? Quel aspect de votre salle de classe allez-vous repenser ?

J’ai hâte d’entendre vos partages…bonnes vacances à tous!

 

 

 

La peur du confort

 

On approche ce que je considère être la mi-année scolaire et entre les corrections et les planifications d’unités, je veux prendre le temps de m’arrêter et de réfléchir.

Cette année scolaire 2018-2019 est ma 15e année d’enseignement, je suis donc aussi à mi-chemin de ma carrière. Le temps passe vite, il faut parfois “l’arrêter” pour regarder dans le rétroviseur pour voir le chemin qui a été parcouru, mais surtout regarder en avant pour voir où on s’en va.

En fait, depuis l’an dernier, je me suis promis de réfléchir davantage à mes pratiques et de faire en sorte que mes élèves fassent de même.

Cette année scolaire en est aussi une de grands bouleversements pour moi: après avoir passé 13 ans à enseigner dans une école secondaire à Nepean, j’oeuvre maintenant dans une école secondaire à Kanata.

J’avais plusieurs raisons de changer d’école, certaines sont plus personnelles, mais d’autres étaient plus pratiques comme la proximité de ma nouvelle école de chez moi.

Mais il y avait autre chose…

À Nepean, je disposais de toutes les ressources nécessaires pour innover: une très grande salle de classe avec une mini salle de rencontre vitrée, un ameublement flexible que j’avais moi-même choisi, des Chromebooks et des élèves performants triés sur le volet dans le cadre du programme du Baccalauréat International. Plus encore, je comptais sur l’appui d’une foule de collègues en or, qui, chacun à leur manière, me stimulaient et m’amenaient à aller plus loin.

Alors, pourquoi quitter cela ?

À Kanata, j’enseigne dans trois “portatives”** différentes, je n’ai pas le luxe d’accueillir les élèves “chez moi”, j’arrive sur leur territoire. Les petites boîtes grises dans lesquelles j’enseigne sont aussi garnies de pupitres en rangée et d’un réseau Wi-Fi aux performances discutables. Si je veux utiliser des Chromebooks (que je dois réserver plusieurs jours/semaines à l’avance), je dois apporter les 22 appareils moi-même de l’école et ensuite les trimballer d’une portative à l’autre entre mes cours, sans chariot.

Alors, pourquoi quitter cela pour cela ?

Ma peur

Voyez-vous, je suis rendu à un moment de ma carrière où pas grand-chose ne me fait peur… sauf peut-être un truc: le confort.

Sur le plan pédagogique, mes dernières années à Nepean ont été incroyables. La relation que j’ai développée avec mes élèves a fait en sorte que peu importe le défi que je leur lançais, ils répondaient toujours avec enthousiasme dans mes projets de fou. Chaque année, je me suis efforcé de pousser l’enveloppe un peu plus loin pour me garder en état de déséquilibre.

Malgré les supers expériences d’apprentissage que j’ai vécues avec mes élèves au cours des dernières années, j’avais non seulement besoin d’un changement, mais d’un défi de taille. En quittant Nepean, je crois qu’au fond de moi, je voulais me prouver que je pouvais innover ailleurs. Ce ne serait  pas la même chose, ce serait différent et ce serait mieux.

À Nepean j’étais très confortable et je ne vous cacherai pas que j’appréciais beaucoup cet état. Cependant, comme l’a si bien dit notre ami Marius Bourgeois dans son blogue, il faut se pousser à sortir de sa zone de confort, chercher à devenir “confortablement inconfortable”. Je sentais qu’à Nepean j’avais de moins en moins ce sentiment.

Le bon temps pour innover

Après quelques mois à ma nouvelle école, je commence à me sentir chez moi de plus en plus chaque jour. Je commence à trouver des alternatives à mes problèmes de classes “portatives” et je commence surtout à voir tout le potentiel de cette nouvelle école.

J’y découvre des pédagogues engagés et ouverts d’esprit qui priorisent l’intérêt des élèves. De la direction en passant par les enseignants, les éducateurs et les concierges: tous mettent la main à la pâte pour avoir une meilleure école.

Malgré tous les obstacles que j’ai décrits plus haut à Kanata, le principal étant le manque criant d’espace, j’y vois le futur de manière très positive.

J’ai compris avec le temps que les solutions créatives et innovantes naissent des limites et des contraintes avec lesquelles on doit composer. Lorsque tout va bien et que nous n’avons pas de limites, la solution est souvent trop évidente.

En fait, la seule manière d’affronter les difficultés est d’innover, je n’y vois pas d’autres options.

Au printemps dernier, j’écoutais par hasard un discours de notre sous-ministre de l’éducation de l’époque, M. Bruce Rodriguez, qui mentionnait que nos écoles ont besoin de gens qui foncent vers les obstacles au lieu d’essayer de les éviter. Ces barrières sont vues comme des opportunités d’innover, de changer pour améliorer.

Ma nouvelle école nous offre cette chance inouïe. L’an prochain, six nouvelles portatives s’ajouteront aux quinze déjà en place. Mon cerveau mijote présentement plusieurs idées: je crois qu’il faut prendre l’inconvénient du manque d’espace et des portatives et le tourner à notre avantage.

Pourquoi ne pas profiter de ce challenge de taille pour revoir notre approche éducative ?

Pourquoi ne pas construire des portatives un peu plus grandes qui pourraient accueillir deux classes et deux enseignants ?  Imaginez les expériences pédagogiques qui pourraient naître de la collaboration constante entre deux enseignants dans la même salle de classe. Les portatives pourraient devenir des “incubateurs d’idée pédagogiques” où la prise de risque serait vécue au quotidien par les élèves autant que par les enseignants.

À Kanata nous sommes face à un défi considérable, ce sera difficile et ce sera très inconfortable. Peu importe le résultat, imaginez à quel point nous grandirons tous pendant ce processus.

Et vous, qu’allez-vous faire pour être moins confortable en 2019 ? Vers quels  obstacles allez-vous courir ?

Je vous laisse sur ce message que mes deux anciennes élèves avaient laissé sur une murale…20170221_140930

** Les classes portatives ou préfabriquées sont des classes construites dans la cour d’école, elles ressemblent un peu à des roulottes de chantier

 

Allocution aux finissants 2018

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de deux opposés que vous connaissez bien. Le premier est un imposteur : vous rêvez de le fréquenter, sans vraiment avoir une bonne idée de qui il est. Le deuxième pourrait être votre plus grand allié, mais vous l’évitez à tout prix de peur d’être ridiculisé et rabaissé.

Commençons par l’imposteur: le succès. Dans un discours de graduation je serais supposé parler de comment vous allez bien réussir votre vie, de célébrer vos succès actuels et parler de vos succès à venir.

Le problème est que beaucoup de gens voient le succès comme la destination finale, comme le moment où l’on est enfin arrivé à notre but, où l’on peut baisser notre garde et finalement relaxer.

C’est pourtant le contraire, le succès n’est qu’un court arrêt pour reprendre son souffle et continuer en y mettant encore plus d’effort, en se fixant des buts encore plus considérables.

Imaginez Steve Jobs, si après avoir vendu avec succès son premier ordinateur Mac en 1984, il avait déclaré sa vie comme étant un succès. Imaginez s’il avait arrêté de rêver et de se fixer des objectifs ambitieux, nous n’aurions pas aujourd’hui d’iTunes, d’iPhone et d’iPad.

Ce que je veux dire est que le succès est un imposteur, car dans la vie on se fixe des buts, on essaie de les atteindre et quand on y arrive, on déclare le tout comme étant une réussite. Le succès n’est pas une fin, mais plutôt le point de départ vers votre prochain objectif.

Bref, nos vies sont une succession de poursuites du succès: on aime le célébrer, on est prêt à tout pour y arriver. Vraiment prêt à tout ? Pas certain,                      pas tout le monde est prêt à échouer pour arriver au succès, mais pourtant c’est nécessaire.

 

Laissez-moi maintenant vous présenter votre plus grand allié : l’échec

Échec, chute, défaite, déception, adversité, fail. Des mots qui font peur, des mots qui suscitent la moquerie. L’échec est un mot qu’on ne veut pas crier haut et fort, combien d’entre vous s’empressent d’aller poster leurs plus récents échecs sur les réseaux sociaux ?

Quand nous parlons ouvertement de nos échecs, c’est souvent pour blâmer les autres. J’ai échoué à un test: le prof ne m’aime pas, ses évaluations sont trop difficiles. Mais pourtant, nous passons à côté d’opportunités d’apprendre de nos erreurs.

Imaginez un  monde où tout le monde publicise ses échecs et se questionne sur le pourquoi de celles-ci. Un monde où on célèbre les échecs comme étant une étape importante à l’atteinte d’un but.

Thomas Edison, l’inventeur de l’ampoule électrique, a réalisé environ 10 000 modèles différents d’ampoule avant d’en arriver à son objectif. Interrogé à ce sujet, il avait déclaré : “Je n’ai pas échoué, j’ai seulement trouvé 10 000 manières qui ne fonctionnent pas.”

Les échecs, ce sont des cadeaux que la vie nous fait, ce sont des occasions de grandir. Devant l’échec, il ne faut surtout pas avoir honte et baisser les yeux, mais plutôt relever la tête avec fierté pour voir les opportunités et les leçons qui seront devant nous.

Bref ce que j’essaie de vous dire, c’est qu’en sortant d’ici aujourd’hui la vie va vous mettre un paquet d’obstacles et de difficultés dans votre chemin. Votre premier réflexe sera de vouloir les éviter. Moi je vous dis: allez-y! Allez à la rencontre de ces difficultés, affrontez-les.

Pour avancer et grandir dans la vie il faut toujours être un peu inconfortable     et c’est en allant à la rencontre des défis que vous pourrez progresser. Assurément, ces défis vous mèneront à des échecs magnifiques, mais surtout à des découvertes encore plus grandioses.

L’échec vous apportera toujours plus que le succès. Comme l’a si bien dit l’astronaute canadien Chris Hadfield : si tu réussis du premier coup, tu n’as absolument rien appris.

Pour finir, je vous souhaite bien sûr d’avoir du succès dans tout ce que entreprendrez, mais j’espère surtout que vous irez à la rencontre de votre plus grand allié, celui qui vous mènera vers de nouveaux sommets. Échouez vite, échouez souvent!

Merci

 

Programme d’entraînement estival pour pédagogues

 

 

Le 22 juin on part avec une petite boîte de documents pédagogiques, on met la clé dans la porte de notre salle de classe, on salue le concierge, on laisse nos clés au bureau (règlement oblige!) : on est en vacance!

2 mois, 8 semaines  à faire ce qu’on veut…pas de planif!

Tranquillement, les jours s’égrainent, les semaines de congé fondent plus vite que la glace dans notre verre de Pepsi. Il faut se rendre à l’évidence : les vacances sont terminées, le retour au boulot se fait péniblement.

On repart de la maison avec notre boîte de documents pédagogiques (qui n’a pas été touché de l’été) et on rentre à l’école pour commencer à planifier la prochaine année (c.-à-d. faire des photocopies).

On est reposé physiquement, mais mentalement c’est un peu la panique, on ne sait pas par où commencer. Il y a tellement à faire, tellement de projets à monter, mais le temps nous manque, les enfants arrivent.

En retournant à la maison la première semaine d’école en août, la question nous frappe : qu’est-ce que j’ai fait de mon été ?

Repensons notre été

Et si on profitait de notre été pleinement pour revenir en septembre un meilleur enseignant ?  Je ne parle pas ici de faire des sessions de planif intenses pendant tout l’été, mais je parle de se développer en tant que prof, mais surtout de se développer en tant que personne.

Mais comment ?

Les évidences

Commençons par les évidences. La première est de passer plus de temps en famille. À voir jouer mes enfants avec des riens, à les voir développer leur imagination devant moi, à voir mon plus jeune essayer de nouveaux mots dans sa bouche chaque jour; c’est une thérapie gratis! Passer du temps avec mes parents, aller dans le bois avec mon père, voir les nièces et neveux qui n’en finissent plus de grandir : c’est tellement rafraîchissant.

Deuxième évidence : on a plus de temps alors utilisons-le pour retourner au gym. Se remettre en forme, recharger ses batteries en bougeant. C’est bon pour le corps et pour la tête.

Changeons de métier

Justement, profitons aussi de l’été pour utiliser notre corps et notre tête d’une manière différente. Un des meilleurs moyens de se développer en tant que personne est de se mettre dans la peau d’une autre personne. Tirons profit de nos deux mois pour faire quelque chose de différent : cuisine, jardinage, artisanat, etc.

Pour ma part,  je fais du brin de scie dans mon garage!  Je construis des choses en bois. Cet été, je prévois faire une table de cuisine pour ma soeur et plein d’autres petits projets pour me garder occupé. J’irai au gré de l’inspiration que me donneront les 2×4!

J’ai besoin de construire des choses, de créer, de faire du travail physique. Par-dessus tout, quand je suis dans mon garage je redeviens un élève : j’apprends en faisant, j’expérimente, je prends des risques…

Et notre pédagogie ?

C’est bien beau se développer en tant que personne, mais l’école là de dedans ?

Ce qui m’amène à mon point principal, que faire pendant l’été pour améliorer notre pédagogie ?

Une foule d’études ont été faites  pour mesurer l’impact de l’inactivité estivale chez les élèves. À leur retour en septembre, ils semblent avoir tout oublié.

Qu’en est-il de nous les profs qui sommes « inactifs » pendant l’été? Sommes-nous à l’abri de ce phénomène ? Oublions-nous certaines de nos bonnes pratiques, certaines de nos bonnes idées de juin ?

Depuis que je suis sur Twitter, je vois plein de gens qui assistent à des conférences et formations l’été. D’autres se plongent dans la lecture pédagogique. La preuve que beaucoup de pédagogues s’amusent à leur manière pendant la période estivale.

Pour ma part, avec mes jeunes enfants, il m’est plus facile de rester à la maison et de lire. Je profite de l’été pour me questionner et pour développer ma vision de l’éducation à travers des lectures ciblées. Je veux arriver en septembre prêt à essayer de nouvelles choses avec mes élèves, je veux être en mesure d’élargir la « boîte » dans laquelle on nous place.  

À la fin de la dernière année scolaire, j’ai eu des entretiens avec tous mes élèves (8e année) par rapport à leur expérience dans ma classe, je voulais recevoir leur rétroaction sur la dernière année. Environnement, pédagogie, authenticité et relations étaient les thèmes de base de nos entretiens. Ces conversations ont été incroyablement enrichissantes pour moi. (Un billet de blogue à ce sujet suivra bientôt)

Ainsi, l’été arrivé je prends cette rétroaction des élèves mêlée avec mes observations et réflexions de la dernière année et j’essaie de cibler mes lectures pour palier à certaines lacunes de ma classe.  

Ce processus m’a permis d’identifier quelques domaines à améliorer : l’engagement constant et continu de mes élèves en classe, avoir des projets plus authentiques et repenser ma manière d’évaluer.

Le développement professionnel pendant l’été devrait être une évidence pour tous les pédagogues. Loin de moi de proposer que ce soit obligatoire, mais je crois que tous, débutants ou chevronnés, gagneraient à se remettre en question pendant l’été.

Je disais plus haut qu’il faut se développer en tant que personne, pour ainsi devenir un meilleur prof. Je crois que ça commence en prenant soin de son corps et son esprit. Par la suite, faites quelque chose qui vous mettra dans la peau d’un apprenant. Dans mon garage, je suis un « patenteux » qui apprend de ses erreurs (croyez-moi j’apprends beaucoup! ☺)

Bref, les pédagogues devraient  se voir un peu comme des athlètes professionnels.

Pendant la saison morte, les joueurs des Sens et du Canadien doivent s’entraîner d’arrache-pied pour être prêts à l’ouverture de la saison. Par respect pour leur équipe, leurs coéquipiers et les fans, ils doivent préparer leur corps et leur esprit à pouvoir performer au plus haut niveau. En tant que professionnels de l’enseignement, nous devons penser en ce sens.

Qu’allez-vous faire de votre été pour arriver prêt à l’ouverture de votre « saison » ?

 

10 Choses que j’aurais aimé savoir en sortant de la faculté d’éducation

Messages aux nouveaux enseignants

Voici quelques idées qui me viennent en tête en ce début d’année scolaire. Merci à mon collègue Martin Parent (@Monsieur_Parent ) d’avoir contribué en me partageant son expérience de nouveau prof. Ses idées m’ont grandement aidé.

 

1-Votre priorité n’est pas le curriculum, mais les élèves. L’élément de première nécessité pour tout enseignant: créer de bonnes relations avec les élèves. Vous pouvez détenir toutes les connaissances au monde, arriver avec les meilleurs projets, mais si les élèves ne veulent pas l’entendre vous n’allez nulle part.

Ma citation préférée résume bien cet état de fait:

“They don’t care how much you know, until they know how much you care”                  -Theodore Roosevelt-

OK, mais comment faire pour créer de bonnes relations ?

Il faut d’abord multiplier les contacts positifs avec le maximum d’élèves. Les contacts positifs c’est de l’argent en banque: quand viendra le temps de remettre les pendules à l’heure avec certains élèves, ils vous écouteront un peu plus si vous avez eu des interactions positives auparavant.

Qu’est-ce qu’un contact positif que vous me demandez. Ça commence avec un simple bonjour quand vous les croisez dans le corridor, un accueille chaleureux et authentique à leur arrivée en classe, un compliment sur leur tenue du jour, une conversation sur un sujet aucunement relié à l’école, bref les possibilités sont là devant vous chaque jour, à vous de les saisir.

Finalement, créer des relations, ce n’est pas seulement avec les élèves de votre classe, mais tous les élèves de l’école. Comme l’a judicieusement mentionné George Couros, vous devez être un professeur d’école au lieu d’un enseignant de salle de classe, tous les élèves sont vos élèves. Il n’y a pas de pauses.

2-À l’école vous êtes toujours un prof. Oui vous avez du temps de dîner et des périodes de préparation, mais sachez que la seconde où vous mettez les pieds sur le terrain de l’école jusqu’à ce que vous quittiez en fin de journée, vous êtes un prof qui travaille, vous êtes en fonction, vous êtes “on”.

Voyons ce qu’en pense Martin un enseignant avec 2 ans d’expérience:

“J’ai trouvé, lors de ma première année comme enseignant, que c’était difficile d’être toujours prof; d’être toujours la personne responsable en tout temps. Être prof ce n’est pas 4 périodes de 75 minutes (…)Comme jeune de 23 ans, j’ai trouvé ça un peu difficile. Tu dois toujours être conscient de tes actions et des mots que tu choisis d’employer.”

Cela étant dit, c’est loin d’être un fardeau, utilisez ce temps pour amasser de l’information. Sur votre heure de dîner, marcher dans l’école: voyez ce que font les élèves pendant le dîner, qui est ami avec qui, qui se tient dans quel coin de l’école, qu’est-ce qui se passe dans l’école, est-ce qu’il y a une “tempête” qui s’en vient ? Bref, c’est une occasion parfaite d’avoir des contacts positifs avec les élèves.

3-N’essayez pas d’être cool. Créer des relations avec les élèves ne veut pas dire qu’il faut agir et parler comme eux. Les élèves ne veulent absolument pas que vous soyez leur ami. Cela étant dit, ils veulent que vous vous intéressiez à eux, ils veulent vous connaître, savoir qui vous êtes, d’où vous venez, votre cheminement, etc. Soyez vous même, les élèves sont capables de vous lire beaucoup plus que vous ne le croyez! Ils en viendront à vraiment vous apprécier pour votre franchise et votre authenticité au lieu d’aimer la façon que vous vous habillez.

4-L’habit FAIT le moine. Si vous voulez être pris au sérieux (par les élèves et les collègues), habillez-vous en conséquence. Pas besoin de refaire sa garde-robe, mais juste d’être conscient qu’on aura beaucoup de paires d’yeux qui vont nous étudier. Pendant les premières années que j’étais en salle de classe, je ne portais jamais de jeans, même les vendredis. Je voulais avoir un look professionnel en tout temps. En général, quand vous sortez de la faculté, vous êtes jeunes et avez l’air jeune, ne vous habillez pas aussi comme les jeunes.

5-Profitez de votre incompétence pour grandir. Vous risquez d’être une peu mauvais à vos premières années en enseignement, pas de panique! Mettez votre ego de côté et questionnez constamment vos pratiques et votre pédagogie. C’est tellement facile de mettre tout le blâme sur le dos des élèves lorsque la classe ne va pas bien.

Selon mon expérience, tout ce qui arrive dans une salle de classe est en partie, un petit peu, la faute du prof.

Les élèves dorment, n’écoutent pas, parlent en même temps que vous, échouent votre cours sans remords; par ces comportements ils essaient de vous dire quelque chose. À vous d’avoir l’ouverture d’esprit pour entendre leur message. Qu’est-ce qu’on peut faire en tant que prof pour que la situation s’améliore? C’est là que la croissance commence.

6-Être un bon prof ça s’apprend, ça demande beaucoup d’efforts. Combien de fois a-t-on entendu une variation de cette remarque: “C’est un enseignant né, il a vraiment ça dans le sang, c’est un naturel”. Je pourrais employer plusieurs gros mots pour vous dire jusqu’à quel point cette affirmation est insignifiante. À moins que je me trompe, la science n’a pas encore identifié de gène de l’enseignement. Ça revient un peu à dire que les habitants du Canada sont naturellement bons au hockey. Les Canadiens performent bien au hockey parce qu’ils jouent beaucoup au hockey.

Être enseignant, c’est comme toute autre chose de la vie, plus on y met d’efforts et de travail, plus on en retire de bénéfices. Je ne vous apprends rien en vous disant que pour former des apprenants il faut en être un soi-même. En sortant de la faculté, vous n’avez pas fini d’apprendre, au contraire, ce n’est que le début d’un long chemin sans fin.

Merci encore à Martin pour son excellente réflexion:

“Il me semble que si nous ne croyons pas que les enseignants peuvent apprendre à être bons, on ne peut pas croire que nos élèves qui sont pourris en mathématiques, en français, en sciences, en arts, etc., peuvent devenir meilleurs. D’après moi, ça va à l’encontre de ce que ça veut dire d’être prof. Les valeurs ou les croyances d’un enseignant sur la possibilité de développement de ses élèves ont une influence majeure sur leur développement.

J’imagine un monde où les enseignants, qui sortent de la faculté, n’attribuent pas leurs défis en tant qu’enseignant à un manque d’intelligence ou de compétence en tant qu’enseignant, mais plutôt, à un manque d’expérience ou d’effort. Dans ce monde, nos élèves penseront de même et repousseront les limites que nous leur avons mises par inadvertance! C’est un beau monde, mais ça doit commencer par nous les enseignants.”

7-Vous ne savez pas ce que vous ignorez. À la faculté vous avez appris un paquet de choses,mais comme avec n’importe quel diplôme, vous allez vite vous apercevoir que vous n’avez pas appris les bonnes choses pour exercer votre emploi. Votre Summa Cum Laude ne veut plus rien dire une fois que vous êtes devant 25 enfantastiques qui vous observent. Le problème est que vous ne savez pas encore ce que vous ne savez pas!

Je m’explique.

Lors d’un atelier avec Ewan MacIntosh l’automne dernier, celui-ci nous a présenté un petit graphique fort intéressant qui ressemblait un peu à ceci:

Le petit cercle au centre représente ce que vous savez que vous savez (known known); le deuxième cercle représente ce que vous savez que vous ne savez pas (known unknown) les réponses à ces problèmes se trouvent généralement facilement : un collègue ou Google. Là où le vrai apprentissage débute est dans le dernier grand cercle qui représente tout ce que vous ignorez que vous ignorez (unknown unknown).

Ce grand cercle de “unknown unknown” est là où la croissance se fait, là où sortir de sa zone de confort devient payant.

8-Réglez vos problèmes vous même. En parlant de “unknown unknown”, comment savoir régler des problèmes dont on ignore présentement l’existence? Vous aurez assurément des élèves qui vous donneront des problèmes, qui vous “testeront”. Votre manière de réagir pourrait avoir un grand impact sur le reste de votre année, voir le reste de votre carrière.

Si vous ne savez plus quoi faire avec un élève, demandez conseil à vos collègues, mais réglez le problème vous-même. S’il y a une escalade des comportements, à un moment donné, vous allez devoir rencontrer l’élève avec la direction. Tout de même, arrangez-vous avec cette dernière pour que VOUS soyez la personne qui règle le problème. N’utilisez pas la direction comme une menace, ils ne peuvent pas régler les problèmes à votre place, vous êtes en classe, alors VOUS devez agir. Rendu à cette étape, la direction devrait jouer le rôle du « bad cop » et vous le « bon cop » qui vient sauver l’élève.

Si vous laissez quelqu’un d’autre régler vos problèmes, les élèves vont vite se faire une idée de vos compétences et perdront tout respect pour vous, ce qui rendra la gestion de classe encore plus difficile.

9-Gestion de classe. Trois mots qui font frémir tout nouvel enseignant. À prime à bords, clarifions un point :

la gestion de classe n’est pas de crier ou hausser le ton pour obtenir l’obéissance et le contrôle. C’est plutôt de créer des conditions optimales pour favoriser l’apprentissage de chacun. C’est un chaos organisé, il se peut que ce soit bruyant.

Comment y arriver ?

Réponse facile, voir mon point numéro 1 : créer des relations avec vos élèves. Ceux-ci seront beaucoup plus réceptifs s’ils vous font confiance, s’ils vous connaissent. Vous devez former équipe avec vos élèves, les écouter (le dit et le non dit) pour que tous soient dans le même bateau, que tous agissent pour le bien commun. Sinon, ils sont 25 et vous êtes seul…bonne chance!

Tout de même, il y aura des journées où vous aurez l’impression d’avoir été mis K.O. par vos élèves. C’est tout à fait normal, on a tous des journées du genre, mais vous risquez d’en avoir davantage qu’un enseignant chevronné.

La solution est de se relever du tapis, se remettre sur ses pieds et d’être prêt à revenir dans l’arène le lendemain. Un jeune enseignant doit développer la faculté de commencer chaque journée avec une page blanche: hier est terminé, regardons comment nous allons être meilleur aujourd’hui.

10-Les autres profs sont là pour vous aider…jusqu’à un certain point. En tant qu’enseignant semi-expérimenté (14 ans d’enseignement) j’aime aider les enseignants qui arrivent dans mon école, j’en connais bien la culture et j’y connais presque tous les 650 élèves. J’aime donner un coup de main à des collègues. Je ne suis pas spécial, tous les enseignants ont instinctivement cette solidarité.

Cependant, une erreur que font parfois les jeunes profs est de faire la « sangsue ». Je partage mes ressources avec les autres profs avec plaisir, cependant, quand je deviens le fournisseur officiel pour le cours d’un enseignant, je commence à être un peu moins gentil.

Nouveaux profs, oui allez voir les enseignants pour savoir par où commencer lorsque vous enseignez un nouveau cours, demandez conseil, soyez une éponge de leurs judicieuses suggestions, vous sauverez beaucoup de temps et d’efforts, mais de grâce, montrez-leur aussi que vous êtes capable de voler de vos propres ailes, démontrez de l’initiative.

Jeunes enseignants, n’ayez pas peur de foncer et de vous casser la gueule, c’est la seule manière d’apprendre.

Soyez toujours fier de ce que vous accomplirez, mais n’en soyez jamais satisfait!